Parc national de Doñana

HUELVA, SEVILLA et CÁDIZ – La zone humide la plus prestigieuse d’Europe occidentale.

Doñana est l’un des joyaux naturels les plus vastes et les plus mythiques d’Europe. Cette vaste zone humide, située au sud-ouest de l’Andalousie, s’étend principalement sur la province de Huelva, mais aussi sur les territoires de Séville et de Cadix. Elle protège plus de 120 000 hectares, dont près de 54 000 hectares constituent le parc national. Sa véritable dimension écologique peut être appréhendée en considérant l’ensemble du système de zones humides associé à l’estuaire du Guadalquivir au sud de Séville.

Les Spatules blanches sont très communes dans les marais de Doñana.
Les Spatules blanches sont très communes dans les marais de Doñana.

Doñana est la zone de transition entre la dépression du Guadalquivir et l’océan Atlantique : l’embouchure finale du « Grand Fleuve », la frontière vivante où la terre et la mer dialoguent. Ce vaste territoire marécageux était à l’origine un grand golfe marin qui, millénaire après millénaire, s’est rempli des sédiments charriés par le fleuve, jusqu’à former un immense lac peu profond. Cet ancien lac fut, selon la tradition, le berceau de la civilisation de Tartessos. Par la suite, l’érosion accélérée provoquée par l’agriculture romaine dans toute la vallée a fini par combler et fermer ce système, donnant naissance aux vastes marais que nous connaissons aujourd’hui.

L'Ermita de El Rocío à la fin du printemps avec les chevaux des marais qui paissent dans les Marismas de La Madre.
L’Ermita de El Rocío à la fin du printemps avec les chevaux des marais qui paissent dans les Marismas de La Madre.

Depuis le Moyen Âge et jusqu’à sa protection en 1969, ces terres étaient un terrain de chasse exclusif pour la noblesse, en particulier pour la maison de Medina Sidonia. L’attention scientifique s’est manifestée au XIXe siècle, lorsque des naturalistes tels que l’Espagnol Antonio Machado y Núñez, suivi par les Britanniques Abel Chapman et Walter Buck, ont révélé au monde sa valeur ornithologique exceptionnelle. Au XXe siècle, les projets de transformation agricole de l’après-guerre ont déclenché une puissante campagne internationale de conservation, qui a abouti à la création du parc national.

Dunes, dunes fossiles, Asperillo, Doñana, Mazagon
Les formes et les couleurs des dunes fossiles d’Asperillo fascinent le voyageur.

Doñana est une mosaïque unique d’écosystèmes. Elle abrite une variété éblouissante de zones humides : le fleuve Guadalquivir et son estuaire, des marais et des rizières inondés à des saisons complémentaires, des forêts-galeries et des centaines de lagunes et d’étangs temporaires. En revanche, les milieux terrestres se distinguent par leur aridité, sur des substrats sablonneux : on y trouve le système de dunes actives le plus important d’Europe, ainsi que d’imposantes dunes fossiles côtières (l’Asperillo) et une vaste couverture de dunes fossiles à l’intérieur des terres. Le paysage est complété par de vastes pinèdes (Pinus pinea), des oliveraies sauvages (Olea europaea sylvestris), une chênaie-liège (Quercus suber) à la régénération difficile et un maquis méditerranéen varié.

L'observation des oiseaux est la plus grande attraction écologique de Doñana.
L’observation des oiseaux est la plus grande attraction écologique de Doñana.

La renommée de Doñana repose avant tout sur son extraordinaire avifaune. Plus de 300 espèces peuvent être observées tout au long de l’année. Le parc est un refuge hivernal pour plus de 200 000 oiseaux d’eau et abrite une population historique d’aigle ibérique(Aquila adalberti). La plus grande colonie arboricole de cigognes blanches(Ciconia ciconia) d’Europe y niche. Sa flore compte plus de 900 espèces. Et, bien sûr, elle reste le fief du lynx pardelle(Lynx pardinus), son emblème vivant. Il est plus facile de repérer les marais ancestraux et les chevaux des roselières qui paissent près d’El Rocío.

Zone naturelle de Doñana, le mini-guide

Doñana, un immense espace protégé… grand comme deux fois Madrid, par exemple. Dans ce mini-guide, nous vous indiquons les principaux sites d’intérêt à visiter pour connaître le parc, regroupés en cinq zones géographiques, en suivant les points cardinaux et surtout les possibilités d’accès.

Doñana

Le cœur de Doñana (techniquement, Espacio Natural de Doñana) n’est autre que le parc national de Doñana, une zone presque impénétrable de 543 km² entourée de zones tampons de périmètre (Pre-park ; parcs naturels) qui abritent les installations accessibles aux visiteurs. Les terres de la Réserve biologique de Doñana sont utilisées pour la recherche scientifique, principalement par la Station biologique de Doñana.

Le cœur des marais : El Rocío et la réserve biologique de Doñana

Centre spirituel et écologique de Doñana, El Rocío est une étape incontournable. Ce village, aux rues sablonneuses et à l’air sévillan, est construit autour de l’ermitage de la Virgen del Rocío. Devant lui s’étendent les marais de Marismas de La Madre, l’un des meilleurs sites d’observation des oiseaux en Europe. Le village s’anime à l’occasion du pèlerinage de la Pentecôte et de la Saca de las Yeguas (26 juin), lorsque les bergers (les « yegüerizos ») conduisent les chevaux marismeños des marais jusqu’à Almonte.

El Rocío : la mère des marais

L’un des paysages les plus emblématiques du parc, dont l’importance se reflète même dans la multitude de ses toponymes : Charco de La Boca, Marisma del Rocío, Marisma de La Madre, Madre de Las Marismas… Le village d’El Rocío est tout autant voué à la dévotion de la Blanca Paloma qu’à la contemplation révérencieuse des oiseaux. Cette vaste zone humide, cœur battant de Doñana, est formée principalement par la confluence des ruisseaux de La Rocina et d’El Partido, qui fournissent l’eau douce qui l’alimente. Sa dynamique est une merveille de la nature : à l’automne 2025, j’ai pu constater qu’une pluie exceptionnelle de plus de 120 litres en une journée a complètement transformé le marais, inondant en une nuit une plaine qui, quelques heures auparavant, paraissait complètement sèche. Au bout de la promenade du Mirador, là où la vue embrasse ce spectacle changeant, se trouve le centre ornithologique SEO/Birdlife, dédié à l’étude et à la conservation de l’avifaune.

Le ruisseau de La Rocina, principal affluent du marais, recueille les eaux de pluie qui filtrent à travers l’immense manteau dunaire d’El Abalario, à l’ouest de Doñana. À proximité d’El Rocío, deux centres d’accueil offrent des expériences complémentaires pour plonger dans cet écosystème unique : le centre d’accueil de La Rocina, avec ses discrets observatoires camouflés qui permettent d’observer l’avifaune du Charco de la Boca ; et le centre d’accueil d’El Acebrón, dont le sentier serpente à l’ombre d’une forêt-galerie dense et fraîche, sur une passerelle qui permet d’explorer un habitat normalement impénétrable. Un de nos endroits préférés.

Acebuches del Rocío

Sur la place de l’Acebuchal se trouve ce monument naturel : une douzaine d’oliviers sauvages, des oliviers sauvages (Olea europaea var. sylvestris ), centenaires, derniers témoins d’une ancienne forêt méditerranéenne adaptée à la chaleur et à la sécheresse.

C’est le principal centre d’accueil du parc. De là, plusieurs sentiers mènent à des observatoires d’oiseaux qui surplombaient autrefois des lagunes d’eau douce. Aujourd’hui, la réalité est plus sombre : l’abaissement continu de la nappe phréatique a laissé ces lagunes normalement sèches et leurs lits, autrefois aquatiques, ont été colonisés par le maquis, témoignage silencieux de la profonde altération du cycle de l’eau. Malgré ce panorama, le centre conserve son attrait pour les familles avec une boutique de produits de qualité et abrite une vaste cage d’acclimatation où les visiteurs peuvent observer des spécimens de lynx ibériques retirés du programme d’élevage.

Corrales de Doñana

L’accès au cœur du parc national, une vaste zone de réserve intégrale, est strictement réglementé et n’est possible que par des visites guidées officielles en minibus 4×4, au départ du centre d’accueil El Acebuche. Cette excursion, qui dure plusieurs heures, permet de découvrir les paysages emblématiques et restreints de Doñana, bien que l’observation de la faune et de la flore soit limitée. La route serpente à travers une imposante langue de dunes mouvantes, une digue de sable naturelle et vivante qui contient et protège les vastes marais de l’intérieur. La transition est spectaculaire : juste à la ligne où la dernière dune se fond dans la vase humide, les prairies de La Vera apparaissent et, au loin, vous pouvez distinguer la forêt-relique de chênes-lièges dont les canopées abritent une colonie animée d’oiseaux coloniaux, La Pajarera. Le retour s’effectue par la plage de Castillo – Mésange charbonnière.

Doñana Norte : sites d’observation des oiseaux à proximité de Séville

Au sud-ouest de Séville, les villages fluviaux de Coria et de La Puebla del Río marquent l’entrée des marais de l’Ajo Guadalquivir. Les rizières de l’Isla Mayor, transformées au XXe siècle, s’étendent à l’infini à l’horizon et contrastent avec les reliefs voisins. Les pinèdes et les forêts méditerranéennes du pré-parc constituent un excellent habitat pour le lynx.

La Dehesa de Abajo

La Dehesa de Abajo est une réserve naturelle concertée qui constitue un exemple rare et précieux de la manière d’harmoniser le tourisme de nature avec une gestion privée durable. Son succès réside dans sa situation privilégiée : une colline couronnée de chênes verts et d’oliviers sauvages surplombant la plaine marécageuse. Ce promontoire abrite la plus grande colonie naturelle d’Europe de Cigognes blanches nichant dans les arbres, un spectacle unique où des centaines de nids peuplent la cime des arbres. Pour compléter cette mosaïque de biodiversité, une profonde lagune semi-naturelle attire une grande variété d’oiseaux aquatiques, des canards aux flamants roses, faisant de cet espace une enclave ornithologique exceptionnelle. L’heure de la visite détermine le choix du point de vue sur la lagune, les observatoires étant orientés vers l’ouest.

Centre d'interprétation José Valverde

Il s’agit sans aucun doute de l’un des lieux les plus emblématiques et les plus productifs pour l’ornithologie à Doñana. L’accès est cependant une expérience en soi : un chemin de terre complètement isolé qui serpente pendant des kilomètres à travers un vaste paysage agricole avant d’atteindre, par un long parcours circulaire, la limite la plus éloignée et la plus sauvage du parc national. Là, à côté d’une lagune isolée d’eau permanente, se dresse l’unique centre d’interprétation José Antonio Valverde, avec sa colonie de reproduction animée de centaines de hérons, d’aigrettes et d’Ibis falcinelles. Au-delà du centre, les marais inondés se déploient avec des enclaves telles que le Lucio del Lobo et le Cerrado Garrido. L’exploration se poursuit sur une piste surélevée qui longe le Caño del Guadiamar, l’ancien cours naturel et sinueux de la rivière. Ce circuit, suspendu entre la zone agricole et la réserve intégrale, offre une perspective unique pour l’observation des oiseaux aquatiques et des rapaces dans un paysage aux horizons infinis.

Lynx à Pinares de Aznalcázar

Au nord de la zone naturelle de Doñana se trouve l’une des formations forestières les plus précieuses et les plus accessibles du pré-parc : les Pinares de Aznalcázar. Cette vaste forêt méditerranéenne, dominée par le pin sylvestre (Pinus pinea) et parsemée d’oliviers sauvages et de broussailles nobles, joue un rôle écologique crucial en tant que zone tampon et corridor biologique. Le sous-bois, composé de lentisque, de jaguar et de romarin. Ces pinèdes constituent un habitat essentiel pour le lynx ibérique (Lynx pardinus) grâce au maintien de populations localisées de lapins de garenne (Oryctolagus cuniculus).

La zone connue sous le nom de « Isla Mayor » – la plus grande île fluviale d’Espagne – est délimitée à l’est par le canal principal du Guadalquivir (Brazo de Enmedio) et à l’ouest par le Brazo de La Torre, un ancien canal aujourd’hui alimenté par les eaux de la rivière Guadiamar. Ce territoire est, par essence, un océan artificiel de rizières couvrant quelque 40 000 hectares, une plaine humide créée au milieu du XXe siècle par l’assèchement des marais d’origine, un travail pharaonique et extrêmement dur auquel ont participé des prisonniers politiques et des colons. Ce paysage horizontal et labyrinthique est devenu célèbre en tant que décor du film « La isla mínima » (2014). À l’extrémité sud de l’île se trouve la Finca Veta La Palma, une propriété de 7 600 ha qui était consacrée à des bassins d’aquaculture extensive et qui a été récemment acquise par la Junta de Andalucía (72,6 millions d’euros). Elle est devenue un refuge pour des milliers d’oiseaux d’eau.

Fulica cristata. Réserve naturelle concertée. La Cañada de los Pájaros

Réserve naturelle concertée. La Cañada de los Pájaros est une installation privée atypique et pionnière pour la restauration d’une ancienne gravière en un refuge spécialisé pour l’avifaune aquatique. Vous pouvez observer une collection d’espèces sauvages en captivité et des oiseaux sauvages qui visitent la lagune permanente. La Cañada de los Pájaros est une réserve naturelle concertée et un projet pionnier de restauration écologique. Cette installation privée atypique a transformé une ancienne gravière en un refuge spécialisé prospère pour l’avifaune aquatique. Elle combine la conservation ex situ et l’amélioration de la faune et de la flore. Il conserve une collection d’espèces sauvages en semi-liberté, principalement des oiseaux aquatiques difficiles à observer dans la nature, qui ont une fonction éducative. D’autre part, la lagune permanente et les roselières servent de zone d’alimentation, de repos et de reproduction pour les oiseaux sauvages.

Doñana orientale : les polders du Guadalquivir transformés

Il s’agit d’une zone qui, bien qu’elle ne fasse pas partie des limites légales de la zone naturelle, est l’une des meilleures enclaves de toute la région de Doñana pour l’ornithologie, avec des concentrations de dizaines de milliers d’oiseaux. À l’ouest de Los Palacios y Villafranca se trouve le vaste polder de la rive gauche du Guadalquivir, un marais transformé de plus de 40 000 hectares consacré à l’agriculture intensive. En son centre se trouve l’ancien cours oriental du fleuve, connu sous le nom de Brazo del Este, entouré d’un labyrinthe de canaux rectilignes, de vannes et de routes de service qui canalisent les eaux des affluents du bassin. Le paradoxe et la valeur de ce lieu résident précisément dans cette tension entre l’artificiel et le sauvage. Les vastes étendues de culture, les jachères inondées et les canaux eux-mêmes génèrent une offre alimentaire qui attire massivement la faune. Il en résulte une sensation unique : l’observation d’impressionnantes volées de spatules blanches, de poules d’eau, de goélands, d’échassiers et d’oies qui survolent ou se reposent dans un environnement qui ressemble plus à une construction hydraulique qu’à un refuge naturel. C’est la preuve que la biodiversité peut s’épanouir, de manière inattendue, dans les interstices des paysages humanisés.

Pour accéder au Brazo del Este, il faut pénétrer dans la vaste plaine agricole du polder de Los Palacios y Villafranca. Ce paysage, entièrement façonné par la main de l’homme, devient un restaurant improvisé et vital pour les oiseaux. Les grands échassiers (ibis, cigognes) et les lymicoles terrestres se répartissent selon leur régime alimentaire, et de manière un peu mystérieuse, dans des parcelles spécifiques, la plupart du temps récemment labourées et marécageuses. La clé de l’observation est de comprendre cette « mosaïque trophique » : l’avifaune se répartit de manière quasi méthodique en fonction de la disponibilité alimentaire offerte par chaque type de labour et de niveau d’inondation des parcelles infinies. Un même champ peut être grouillant de vie une semaine et vide la semaine suivante, suite à un labour ou à un changement de niveau d’eau, dans un va-et-vient dynamique entre l’activité agricole et la faune.

Brazo del Este

Au cœur du polder agricole se trouve le Brazo del Este, déclaré site naturel, une zone protégée où la densité et la diversité de l’avifaune aquatique sont les plus élevées. La zone humide suit le profil sinueux et naturel de l’ancien lit du Guadalquivir, connu sous le nom de Madre Vieja. Cependant, ce cours organique est radicalement coupé par le « Muro de los Portugueses », une ligne droite de près de 10 kilomètres de long qui agit comme un gigantesque barrage. Il en résulte un paysage aux contrastes géométriques surréalistes : les courbes sinueuses du fleuve fossilisé se heurtent à la rectitude inflexible du barrage, créant une mosaïque de nappes d’eau, de roselières et de plaines boueuses. Cette structure particulière, loin d’être un obstacle, a créé une variété d’habitats aquatiques (eaux peu profondes, profondes, courantes et stagnantes) qui expliquent son extraordinaire capacité à attirer et à maintenir l’avifaune.

La Dehesa La Atalaya est un domaine public municipal qui illustre une gestion intégrale du territoire, combinant des utilisations agricoles et d’élevage traditionnelles avec une vocation puissante pour l’éducation et la conservation de l’environnement. Son véritable trésor écologique, cependant, est souterrain et se révèle avec les pluies : il s’agit de l’un des complexes d’étangs méditerranéens temporaires les plus importants et les plus riches en biodiversité d’Andalousie. Elles abritent une concentration exceptionnelle d’organismes aquatiques adaptés à la sécheresse, notamment de grands branchiopodes – petits crustacés primitifs souvent appelés « fossiles vivants » – ainsi qu’une riche communauté d’amphibiens, d’insectes et de flore spécialisée. Chaque étang est un microcosme unique, ce qui fait de La Atalaya un lieu de la plus haute valeur pour la science et l’observation naturaliste, et un témoignage crucial de la fragilité des écosystèmes aquatiques temporaires.

Doñana Sur : sur la route de Cadix…

Le flanc sud de la zone naturelle de Doñana se déploie dans la province de Cadix, avec la monumentale Sanlúcar de Barrameda comme porte d’entrée historique. Sur cette rive gauche du fleuve se trouve la partie correspondant au parc naturel de Doñana, qui offre une expérience authentique et souvent plus accessible de l’essence de Doñana. En visitant ce secteur, vous pourrez profiter de « l’effet Doñana » dans sa version cadienne : une riche avifaune et une représentation complète de ses habitats emblématiques – pinèdes, marais, lagunes et vera – sans avoir à traverser le Guadalquivir ni à passer par la zone métropolitaine de Séville. C’est aussi le seul accès possible pour se promener sur les rives du fleuve dans sa partie estuarienne, ce qui offre une perspective unique et majestueuse de l’embouchure du fleuve.

Depuis la promenade de Sanlúcar de Barrameda, on peut admirer l’une des vues les plus magnifiques de Doñana : la majestueuse embouchure du Guadalquivir se jetant dans l’océan Atlantique. Ce même endroit, aujourd’hui serein, a été pendant des siècles une porte redoutable et dangereuse pour les galions espagnols chargés de trésors, qui affrontaient ici la dernière étape périlleuse avant de remonter le fleuve jusqu’à Séville. Aujourd’hui, la porte d’entrée de cette aventure naturelle est le moderne centre des visiteurs de la Fábrica de Hielo. Depuis son quai, un service de ferry (assuré par la compagnie « Real Fernando ») vous permet de traverser le fleuve en bateau pour entrer directement dans la zone des dunes mobiles et des plages vierges du parc national, offrant ainsi une expérience unique de connexion entre le patrimoine historique et naturel.

Salinas de Bonanza. Goéland railleur

Les salines de Bonanza sont les seules salines en activité dans les limites de la zone naturelle de Doñana. Leur existence est possible grâce au puissant régime des marées de l’Atlantique, qui a historiquement favorisé le développement de cette industrie le long de la côte andalouse, de la baie de Cadix aux marais d’Odiel. Ces marais salants ne sont pas seulement un vestige de l’activité économique traditionnelle ; ils constituent une zone humide artificielle d’une extraordinaire valeur écologique. Les cristallisoirs et les estuaires, avec leurs différents niveaux d’eau et de salinité, constituent un pôle d’attraction pour l’avifaune. Ils accueillent d’importantes concentrations d’oiseaux aquatiques qui y trouvent nourriture et repos : des volées d’échassiers comme les avocettes et les pluviers patrouillent sur les rives, tandis que des flamants roses colorés filtrent l’eau dans les bassins moins profonds, créant un contraste inoubliable de couleurs avec le blanc du sel.

Face aux Salinas de Bonanza saumâtres, la Laguna del Tarelo apparaît comme une oasis d’eau douce permanente, résultat de la restauration d’une ancienne gravière. Cette origine anthropique a donné naissance à un habitat complémentaire parfait, qui attire une avifaune différente de celle des salines. C’est l’un des meilleurs endroits de la région pour observer l’érismature à tête blanche, un canard plongeur menacé au niveau mondial, ainsi que d’autres oiseaux d’eau douce comme les foulques macroules et les grèbes. À quelques pas de là, la pinède Pinar de La Algaida s’étend sur près de 700 hectares de pin sylvestre (Pinus pinea), caractéristique de Doñana. Sous son couvert, protégés par l’ombre, poussent de beaux spécimens bien conservés de genévrier noir (Juniperus phoenicea), une espèce typique des sols sablonneux et salins qui forme ici une forêt mixte unique. Cet ensemble de lagunes et de pinèdes représente un complexe écologique de grande valeur, où alternent les écosystèmes aquatiques et forestiers typiques du littoral de Doñana.

Lagune de Tarelo et forêt de pins de La Algaida

L’espace naturel des marais de Trebujena offre aux visiteurs une synthèse spectaculaire des paysages de transition de Doñana. Depuis ses sentiers et ses observatoires, vous pourrez contempler une mosaïque changeante de marais intertidaux, de prairies de plantes halophytes, de lagunes saumâtres naturelles, de gravières restaurées et de rives actives du Guadalquivir. Cette grande diversité d’habitats dans une zone relativement compacte se traduit par une avifaune exceptionnellement riche et variée. Mais le véritable magnétisme du lieu réside dans sa perspective unique : d’ici, vous avez la vue la plus directe et la plus étendue sur la rive opposée du fleuve, ce territoire inaccessible et mystérieux qui s’étend, sauvage et protégé, sur des centaines de kilomètres carrés. Contempler cette ligne de forêt et de dunes à l’horizon, en sachant qu’il s’agit de la limite du parc national, ajoute un profond sentiment de contemplation et de respect pour l’immensité préservée.

Doñana occidentale : El Asperillo sur la côte / El Abalario à l’intérieur des terres

Un impressionnant pont de franchissement de la faune près d’El Acebuche annonce l’arrivée imminente à la station de Matalascañas et marque symboliquement le passage le long de la côte de la zone naturelle de Doñana qui s’étend entre l’embouchure du fleuve (à l’est) et Mazagón (non loin de Huelva). Dans la Doñana occidentale, peu visitée, une dune fossile, longue de plusieurs kilomètres et culminant à plus de 100 mètres, longe une plage préservée et domine la pinède d’Abalario. Vous y trouverez une multitude de mares temporaires très affectées par les prélèvements excessifs d’eau de Matalascañas et des producteurs de fraises et de fruits rouges. De rares passages à travers la dune permettent d’accéder à la plage.

Peu fréquentée par les baigneurs, la plage s’étend sur plus de vingt kilomètres au sud-est de Matalascañas et est accessible à pied en passant derrière les grands hôtels. Elle est utilisée par les véhicules 4×4 qui visitent le Puntal sur le chemin du retour. Littoral sauvage qui laisse apparaître tous les fascias dunaires et abrite des barrons (Ammophila arenaria) en abondance et d’anciennes tours de guet (Torre Mésange charbonnière).

Monument naturel situé à côté du Parador de Mazagón : spécimen monumental de pin sylvestre (Pinus pinea) dont l’âge est estimé à 400 ans. Cet arbre est le doyen de la grande pinède de Doñana, fruit d’importantes plantations forestières dans tout le secteur.

Passerelle en bois qui permet de traverser la dune fossile d’Asperillo et d’accéder à la mer. Point d’observation sur la pinède d’El Abalario et l’océan Atlantique. Chemin permettant de visualiser les effets de l’incendie de 2017.

Dunes fossiles El Asperillo

Monument naturel. Il s’agit d’un système de dunes « fossiles » qui s’étend le long de la côte entre Matalascañas et Mazagón (plus de vingt kilomètres). Il s’agit de sable apporté par le vent il y a 15 000 ans et compacté sous forme de grès (roche sableuse peu compacte), aujourd’hui soumis à des phénomènes d’érosion et formant d’impressionnantes falaises côtières.

Récemment, une grosse tempête a mis au jour un impressionnant dépôt d’empreintes fossilisées sur les argiles de la plage de Matalascañas. Elles peuvent être observées dans des conditions particulières de basse mer et lorsque les courants retirent le sable, qui se dépose ensuite à nouveau. Ces fossiles comprennent des empreintes humaines de Néandertaliens (106 000 ans) ainsi que de nombreux mammifères, par exemple des éléphants (Palaeloxodon antiquus).

Steropleurus recticarinatus, une espèce endémique de Doñana.

Un itinéraire très peu fréquenté, près de la ferme abandonnée d’Abalario, qui traverse plusieurs petites lagunes reliées entre elles, où la matière organique s’accumule, formant de petites tourbières méditerranéennes.

Lagon de Moguer / El Abalorio

L’une des nombreuses mares temporaires méditerranéennes situées dans l’immense pinède qui se développe sur le manteau dunaire de l’ouest de Doñana (El Abalario). Ces mares, très dépendantes des précipitations, ne se forment pas tous les ans et s’assèchent à la fin du printemps.

Note : Doñana fait l’objet de menaces importantes, dont la plus importante est le prélèvement excessif d’eau résultant, d’une part, de la culture intensive à grande échelle de fraises sur plus de 5 000 ha (ce qui ajoute des milliers de tonnes de déchets de bâche plastique et d’intrants chaque année) et, d’autre part, de la consommation humaine due à l’urbanisation côtière. Il en résulte une diminution de l’hydropériode d’un bon nombre de lagunes et d’étangs temporaires. Il faut également mentionner la catastrophe d’Aznalcollar en 1998, avec le déversement de déchets miniers dans le Guadalmar, et le grand incendie de forêt de 2017 avec 8 500 ha brûlés. Heureusement, le projet de route côtière reliant Cadix à Huelva au cœur du parc national – une menace latente depuis des décennies – semble avoir été définitivement dissipé, garantissant la préservation de l’intégrité et de la tranquillité de ce littoral préservé.

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