La Folie des Grandeurs (G. Oury , 1971) nous offre de l’aventure, du burlesque, de l’amour et des costumes d’époque… dans l’Espagne du XVII. Film culte interprété par Luis de Funès, Yves Montand et Alice Sapritch qui enchainent gags et répliques gravés dans la mémoire collective. Sans oublier, la ravissante Karin Schubert qui séduit tout autant le spectateur que ses courtisans.

Les ingrédients du succès

Ce film est une authentique distillation… Il y a un directeur aguerri, qui avait connu de très grands succès populaires au cinéma, et se lance dans une superproduction invraisemblable, l’adaptation comique de “Ruy Blas“, un drame créé au théâtre par Victor Hugo en 1838, qu’Oury lui même avait interprété plusieurs années auparavant à la Comédie Française, y jouant l’infâme Don Salluste. C’est dire si les personnages et les situations étaient travaillés avant même de commencer le projet. Il y a des acteurs consacrés, monstres du cinéma français et au sommet de leur art. Un duo drôle… naturellement… juste par la taille des deux compères, de Funès, “Grand d’Espagne” et d’infini bassesse, et Montand, “petit peuple” et grand gaillard à la fleur bleue. On ne peut rester qu’admiratif devant ses acteurs qui travaillent leurs scènes à fond, avec de l’humour de boulevard total, de la danse flamenco très réussie, du cabaret haut en couleur, des scènes de cap et d’épée et des cascades. Il y a des lieux de tournage qu’on ne peut imaginer plus authentiques: les palais royaux d’Espagne et les paysages exotiques d’Andalousie. Il y a un soin sensationnel des détails avec des costumes taillées d’après les peintures d’époque, et qui pèsent jusqu’à trente kilos, des flamands roses qui se promènent dans les jardins du Généralife, des quantités d’extras, un véritable désert et des dromadaires!

  • Palais de l’Alhambra. Palais de Charles Quint. Jardins du Généralife
  • Sierra Nevada link
  • Pedraza dans la province de Segovie link
  • Palais de l’Escorial.

La culture espagnole au rendez-vous

Le film se nourrit de culture espagnole, qui donne de l’épaisseur à l’histoire. L’action se déroule avec naturel dans des monuments historiques et des villages réels, met en scène des chevaliers de la toison d’or, qui ont bel et bien existé, montre en passant des coutumes, tel un paysan sur sa mule, un troupeau de brebis merino dans la sierra ou une arène de taureaux. En fait, le film sonne étrangement familier… Quelle œuvre convoque des personnages excessifs, une geste chevaleresque, amour impossible dans des plaines arides du Sud ibérique? Don Quichotte n’est pas si loin. D’ailleurs peut-on s’empêcher de penser à Sanchez quand Don Salluste chevauche son âne? Ce qui est d’autant plus sympathique, c’est l’absence de moquerie des stéréotypes espagnoles. L’humour est porté par un personnage aux passions tout aussi excessives qu’universelles et la picaresque d’un serviteur amouraché.

D’un point de vue culturel, la situation comique est d’autant mieux choisie que l’Espagne du XVII se trouve dans une période historique charnière, prélude de la fin des Habsbourg et de la guerre de succession qui sèmera le chaos et fera perdre au pays sa place de première puissance mondiale. Situation dramatique conséquence de la frivolité des grands de ce monde. Notons tout de même que le véritable Carlos II ne ressemblait en rien au souverain dépeint dans le film.

De cap et d’épée

La première scène du film est absolument somptueuse et épique. Inspirée par l’industrie du cinéma alors florissante dans le Mini Hollywood de Tabernas. Une superbe chevauchée en diligence (pardon, carrosse) mise en scène de main de maitre: plan plongée sur une rambla désertique, les chevaux et la diligence crèvent l’écran, cavalcadent dans les paysages arides de la province d’Alméria, traversent un joli champs de fleurs éphémères et abandonnent un évocateur château de Calatrava placé en contreplongée avec la Sierra Nevada enneigée derrière. Le tout joliment rythmé par une musique de western spaghetti. Le résultat est emballant et tout le film reste à découvrir!

Un monument d’humour

En résumé, la Folie des grandeurs est une tragi-comédie bien européenne, avec des acteurs français tous immigrés, qui met en scène la cour espagnole des Habsbourg d’Autriche, dans des palais d’origine hispano-mauresque. On rie… Que demander de plus?

L’article de wikipedia apporte plein d’autres informations intéressantes.

Générique du film “La Folie des Grandeurs”.

Musique du générique de “La Folie des Grandeurs”.

Bande annonce du film “La Folie des Grandeurs”.

Yves Montand dans “La Folie des Grandeurs”.