Le Maestro nous a récemment quitté à l’âge de 83 ans. Une vie de musique, de guitare classique et de luth. L’un de nos interprètes favoris des pièces espagnoles est une grande star du petit monde de la guitare classique. Sa formidable carrière a contribué à la diffusion de l’instrument durant plus d’un demi-siècle d’activité, permis de redécouvrir des pièces oubliées, mis au goût du jour le luth baroque et poussé les compositeurs contemporains dans leur retranchement en sollicitant de la musique nouvelle pour la guitare. Il fût le digne successeur d’Andrès Segovia et emmena la guitare vers des horizons nouveaux. Les musicologues font remarquer son goût musical, la palette de couleurs de sa guitare et ses études approfondies avec des adaptations d’œuvres entières de Bach, par exemple, ainsi que la redécouverte du répertoire anglais pour le luth occidental (à long manche). Ajouter à cela que Julian Bream fût en grande partie autodidacte (il commençat enfant à apprendre en compagnie de son père), qu’il laissait transparaître sur scène totalement la tension et la joie de jouer, et a incarné sérieusement une certaine idée du gentleman anglais. Quel personnage ! Retrouvez cet esprit facétieux dans le superbe documentaire “Julian Bream: My Life in Music” (anglais, sous-titré en espagnol). A 1:11:50, on découvre le moment drôle de sa rencontre avec Stravisky… commentée par Bream avec grande dérision et humilité.

De très jolis petits films sont trouvables sur Internet où la musique d’Albeniz, Sor et Tarrega est interprétée par Bream et mise en scène dans les villes andalouses du début des années 80. Charmant, un brin nostalgique et emplis de magie… Plus de lecture sur l’artiste dans La Croix et à écouter sur France Culture. Article en anglais en The Guardian. Discographie: la monumentale réédition de ses enregistrements en 43 CDs The Julian Bream Collection.

La guitare classique reste, somme toute, un instrument peu connu en France malgré sa versatilité, son pouvoir expressif et son “magnétisme”. C’est bien dommage, car le répertoire est sensationnel et surprendra bien des oreilles. Alors renouons avec cet instrument, d’autant plus que notre pays a jouer un rôle important dans le développement de la musique espagnole des deux derniers siècles. Et pour ce faire, je vous propose de découvrir deux jeunes talents français : Thibaut Garcia, de la guitare classique pur jus, et Thibault Cauvin, qui sillonne des territoires hétéroclites.

Le roi Bream est mort… Vive la guitare classique!