Vêtements de terrain adaptés au climat méditerranéen

Les collègues, voyageurs et amis étrangers attirent souvent mon attention sur le fait que, bien que nous soyons habitués à la chaleur dans le sud de l’Espagne, nous portons des vêtements qui semblent très chauds. Si le soleil est un attrait majeur pour visiter l’Andalousie… les personnes expérimentées savent bien qu’il vaut mieux s’en protéger plutôt que s’y exposer.

Dans la culture de la randonnée née en Europe du Nord — et en particulier dans les environnements de haute montagne tels que les Alpes —, le principal ennemi du randonneur est la combinaison du froid humide extérieur et de la transpiration générée par un effort physique intense, un risque qui est amplifié par les changements brusques d’altitude et de conditions météorologiques.

Le principe des 3 couches pour la randonnée

Pour lutter contre ce danger (qui peut rapidement entraîner une hypothermie), la solution classique a toujours été le système de superposition de couches, communément appelé « technique de l’oignon ».

  1. Couche intérieure ou « deuxième peau » : elle absorbe l’humidité. Son objectif est de capter la transpiration du corps et, dans la mesure du possible, de l’évacuer vers l’extérieur. Il faut à tout prix éviter le coton, car il retient l’eau et sèche lentement, nous refroidit et accélère la perte de chaleur corporelle.
  2. Couche intermédiaire : Elle favorise l’isolation. L’objectif est de créer une barrière thermique permettant de retenir la chaleur générée par le corps, en utilisant pour cela des vêtements tels que des polaires ou des pulls épais en laine.
  3. Couche extérieure : Elle assure une protection contre les intempéries. De nos jours, elle se compose de coupe-vent dotés de membranes techniques et respirantes qui empêchent l’eau et le vent de pénétrer ; dans l’idéal, leurs pores microscopiques permettent à la vapeur d’eau de s’échapper.

Chacune de ces couches fait l’objet d’un marché spécialisé dans la vente de matériel technique. Si vous prévoyez de faire des randonnées d’une journée, il suffit de comprendre ce concept et de l’adapter avec les vêtements que vous avez déjà chez vous, sans pour autant céder au consumérisme.

Le principe des couches constitue la base, mais nous allons l’adapter aux conditions climatiques méditerranéennes, en pensant surtout à ceux qui partent en pleine nature et consacrent surtout leur temps à l’observation plus qu’à la marche intense. Les températures estivales dépassent généralement les 40 °C en milieu de journée, même si, en réalité, la nature elle-même nous indique le chemin vers l’ombre, car très peu d’espèces sont actives sous une telle chaleur, par exemple, la libellule Orthetrum nitidinerve.

Les flops qui restent au placard…

  • Les tissus synthétiques dérivés du pétrole ont l’avantage de sécher rapidement, mais le soleil méditerranéen s’en charge également à merveille. Si vous devez faire un choix, une simple couche intérieure de rechange suffit. Le pire avec les tissus synthétiques, c’est qu’ils dégagent très vite une mauvaise odeur à cause de la transpiration qui s’y imprègne… et je les déteste. La vraie question est : qui a encore envie de s’habiller avec des sacs plastique ?
  • Les vestes de type Gore-Tex ne servent pas à grand-chose ici… La pluie est généralement rare et mouille à peine, ou alors elle tombe en trombes, et par mesure de sécurité, il faut se mettre à l’abri le plus vite possible. Un autre inconvénient de taille est que ces vêtements coûtent très cher et, honnêtement, il n’est pas prioritaire d’y mettre son argent : ils finissent par s’accrocher et se déchirer dans la végétation épineuse. Un coupe-vent bon marché prend peu de place et permet de faire face à la plupart des situations. Les gens de terrain sortent aussi avec un parapluie lorsque le temps est instable.
  • Sous-vêtements synthétiques : comme nous l’avons déjà compris, les vêtements en polyester les moins adaptés sont les sous-vêtements, et tout particulièrement les slips, culottes ou caleçons. Il ne faut pas sous-estimer l’inconfort et les irritations causées par les frottements des sous-vêtements synthétiques humides, surtout après plusieurs jours d’expédition.
  • Crème solaire : Je n’apprécie pas beaucoup la crème solaire, qui est généralement utilisée en excès. Mal utilisée, elle encrasse la peau et contient même des composants chimiques (oxybenzone, etc.) franchement nocifs pour notre organisme et qui nuisent à l’environnement, en particulier aux milieux aquatiques, déjà si malmenés en Méditerranée. À mon avis, même si elle est utile, la crème solaire ne devrait pas constituer la principale protection contre le soleil.

Les trois couches du climat méditerranéen

Notre climat est doux et (légèrement) humide en hiver ; chaud et sec en été. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’Espagne est un pays montagneux où l’on est très souvent confronté à des conditions météorologiques très changeantes. Il faut donc être prêt à affronter aussi bien la chaleur que le froid, en fonction de la saison et de l’altitude, parfois au cours d’une même journée.

En réalité, nous allons alterner entre les vêtements de randonnée traditionnels pour les périodes de froid et les vêtements les mieux adaptés au désert, notamment pour les terrains de printemps et été.

En Méditerranée, la protection de base consiste à porter des manches longues et à exposer le moins possible la peau au soleil.

La protection de base en Méditerranée consiste à porter des manches longues et à exposer le moins possible la peau au soleil (oui, comme le font les habitants du désert). C’est là que se produit le choc des civilisations car, pour résumer, les Européens du Nord viennent en quête de soleil et de chaleur et finissent par souffrir d’une insolation, qui peut toucher chacun d’entre nous à des degrés divers et n’est pas une mince affaire. En effet, le facteur le plus grave n’est autre que la longue exposition au soleil, et la solution ne consiste pas à changer de t-shirt tous les jours, mais plutôt à veiller à porter des manches longues… un pantalon et une chemise à manches longues (« Ozú », quelle chaleur !).

C’est là que nous respectons le principe des trois couches : un maillot de coprs qui absorbe la transpiration ( et minimise l’humidité de la deuxième couche), une chemise qui sert de couche hybride ( intermédiaire et/ou extérieure selon les circonstances, c’est pour cela que nous sommes toujours prêts à tout) et, au printemps et en automne, un coupe-vent basique et très léger rangé au fond du sac à dos. Enfin, l’ensemble est complété par une bonne veste qui s’avérera plus qu’utile lors des sorties hivernales, nocturnes et/ou en montagne.

Le choix d’un sac à dos est très personnel, car il dépend de l’équipement que l’on emporte, mais il est vivement recommandé qu’il soit imperméable et qu’il réponde aux critères d’isolation de la troisième couche.

Mes vêtements de terrain préférés

Des chemises de toutes sortes, toujours à manches longues

Surtout en hiver, je porte des chemises à carreaux, typiques des « señoritos » d’Andalousie et d’Estrémadure, accompagnées de la casquette plate des gens de la campagne dans le sud de l’Espagne. Je me sens ainsi tout à fait à ma place, ancré dans ma terre, tel un homme à l’âme montagnarde et élégante. Il faut ajouter que l’on perd très facilement ces casquettes, car elles prennent peu de place et on les oublie dans n’importe quel bar… Celles que je préfère sont en cuir fin.

Lorsque la chaleur se fait sentir, on opte pour des tenues plus légères, notamment des chemises fines et des vêtements de voyage adaptés aux climats désertiques et arides. Ces vêtements légers, de couleur claire pour ne pas absorber la chaleur, dotés de larges ouvertures d’aération, bénéficient aujourd’hui d’un traitement anti-UV (UPF 40) et offrent une protection maximale contre les rayons du soleil. L’idéal est de choisir un vêtement ample dont les manches, bien longues, couvrent même le dos de la main.

Sous-vêtements en laine mérinos

Depuis plusieurs années, la laine mérinos s’est imposée comme une référence dans le domaine des activités de plein air et, sans doute, comme le tissu de la plus haute qualité. Elle est tissée à l’aide de machines qui produisent une fibre extrêmement fine et très douce, de sorte que pratiquement personne ne ressent de démangeaisons. Les propriétés thermiques de la laine sont optimales et ses qualités antibactériennes atténuent les mauvaises odeurs. Même si ces vêtements sont nettement plus chers, cela vaut vraiment la peine de dépenser notre argent en maillots et chaussettes de laine mérinos. Ces derniers temps, je vois même des caleçons fabriqués dans cette matière, et ce sera sans doute l’un de mes prochains achats… À titre d’anecdote, il convient de noter que la quasi-totalité de la laine mérinos provient aujourd’hui d’Australie et de Nouvelle-Zélande, alors que la race est d’origine espagnole et que ses moutons paissent encore dans tous les fossés des deux Castilles.

Casquette intégrale à visière

Dès que le soleil tape fort, il devient absolument indispensable de se protéger la tête, les oreilles, le cou et le front… Il faut alors abandonner la casquette plate si caractéristique au profit d’une casquette, ou d’un chapeau, intégrale, de type « saharienne », doté d’un pan arrière qui protège à la fois du soleil et des frottements causés par les sangles des jumelles et autres appareils photo. Lorsque l’on est bien couvert par ses vêtements, le besoin de crème solaire est minime et se limite au dos des mains, au nez et aux joues.

Gilet de pêche

Ceux qui me connaissent m’ont souvent vu porter un gilet sans manches doté de nombreuses poches, typique des photographes. J’ai découvert que les plus pratiques et les plus esthétiques sont ceux destinés à la pêche à la mouche. Ces gilets, dotés d’une aération dans le dos et de poches multifonctions, sont idéaux pour emporter du petit matériel sur le terrain…même s’il faut toujours faire attention lorsque l’on s’accroupit. Il m’est arrivé plus d’une fois de faire tomber mon téléphone ou une batterie externe par terre (ou dans l’eau !). La solution réside dans des poches profondes dotées d’une bonne fermeture et dans l’utilisation d’anneaux pour accrocher les accessoires et ainsi garder les mains libres. Cette petite veste, bien qu’encore peu répandue, complète à la perfection le style du gentleman-naturaliste.

Pantalons longs

Ils sont absolument indispensables. Je ne porterai jamais de short au milieu de la végétation typiquement méditerranéenne, qui est rude, ligneuse et épineuse. Il vaut bien mieux opter pour des vêtements qui ne soient pas du tout serrés, dans un tissu ample et à la coupe confortable, qui facilitent les mouvements sans tirer sur les coutures et qui protègent contre les égratignures causées par les genêts et les frottements du maquis. Pour les pantalons, s’ils peuvent contenir des fibres synthétiques, c’est encore mieux : ils sont légers, assez résistants et sèchent rapidement. En Méditerranée, les terrains caillouteux abondent et les photographes ainsi que les observateurs qui s’agenouillent sur le sol s’en rendront compte très vite. Certains ont recours à des genouillères de sport et d’autres, plus ingénieux, décousent la doublure de leur pantalon technique pour y ajouter des plaques de mousse de polyester afin d’améliorer le confort.

Une dernière remarque concernant les chaussures de randonnée

Il existe un grand débat dans le monde des randonneurs entre les chaussures hautes qui maintiennent (trop) bien la cheville et les chaussures fines qui sèchent facilement. Une fois encore, nous allons à contre-courant, car nous, les femmes et hommes de terrain, nous privilégions une autre approche qui consiste à empêcher les graines de graminées [problème très sous-estimé avant de connaitre les Aegilops et autres Xanthium] et les tiques de rentrer dans les chaussures et les chaussettes. Faut-il vraiment rappeler que les pantalons se portent par-dessus les chaussures, et non à l’intérieur ?

Personnellement, à moins de devoir traverser une rivière, j’utilise pratiquement toujours une chaussure de randonnée « intermédiaire » : qui couvre la cheville sans être trop lourde. Je préfère une finition de type nubuck avec un minimum de coutures, car une chaussure lisse, facile à nettoyer et esthétique, s’abîme moins et est plus imperméable. Il est également important de choisir une semelle plus résistante, de type Vibram, car nous allons mettre la chaussure à rude épreuve sur des roches calcaires, des schistes et des éboulis. Lorsqu’elle s’use — car elle s’use, et c’est normal —, on peut sans problème faire remplacer la semelle chez le cordonnier, généralement une fois, ce qui prolonge la durée de vie de la chaussure de quelques années supplémentaires.

Compte tenu de tous ces critères, et à la recherche d’une marque espagnole (même si, aujourd’hui, la production a été délocalisée en Chine), mes bottes de prédilection restent les Chiruca Xacobeo. C’est la seule marque que je cite dans cet article ; elle a été testée pendant des mois sur des terrains agricoles humides et dans des écosystèmes naturels méditerranéens.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *